Ephée • Portraitiste d'arts et d'humains.

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Les églises meurent aussi…
 
Philippe Charlier, écrivain, anthropologue, archéologue et médecin légiste.
 
« Car c’est à toi qu’appartiennent le règne,
la puissance et la gloire
pour les siècles des siècles. »
 
Les clichés de Jennifer Parpette sont d’une douce et tendre nostalgie. On y ressent la délicatesse et la mélancolie de son regard, face à cette lente déliquescence des lieux de culte. Comme des cierges qui finissent lentement par s’éteindre dans un très discret crépitement (et une non moins discrète fumée minuscule), elle a su capter ces innombrables détails nichés dans les recoins des oratoires, des chapelles, des églises, des basiliques, des cathédrales. Ces petits rien qui forment un grand tout, celui d’un progressif abandon. Autopsie ? Archéologie ? Dernier inventaire avant fermeture définitive ? C’est un peu tout ceci, comme s’il fallait se souvenir pour s’opposer à la véritable mort qu’est l’oubli. Dans le travail de Jennifer Parpette, il y a des contrastes saisissants, des lumières pâles, des couches de poussière, des brisures anciennes, des pages arrachées et des verres ébréchés. Ces églises sont comme de vieux corps fatigués, blessés par la vie et le temps, qui finiront bien un jour par mourir : on en fermera les portes, les murs lézardés s’écrouleront à moins qu’un incendie n’accélèrent cette chronique d’une mort annoncée.
Merci à Jennifer d’avoir su capter avec une sensibilité exacerbée ces dernières lueurs, et de les avoir partagées avec nous.
Je vous ai tant aimé (1350 x 1350 px) (1)

Je Vous ai tant aimé

I • INITIUM • Ne plus voir

II • MEMORIA • Ne plus se souvenir

III • EX-VOTO • Ne plus remercier

Pourquoi une exposition en trois temps ?

L’exposition Je vous ai tant aimé se déploie volontairement en trois temps distincts. Ce choix n’est ni esthétique ni pratique : il est structurel. Il répond à une logique de disparition progressive du sacré dans nos sociétés contemporaines, observable à travers les lieux, les morts et les gestes.

Ces trois temps ne constituent pas trois expositions indépendantes, mais les chapitres d’un même récit. Ils forment une traversée, un cheminement silencieux qui va de l’espace collectif au geste intime, de ce qui se voit encore à ce qui a presque entièrement disparu.

1. Les lieux • Initium

Le premier temps est consacré aux lieux : églises, chapelles, sanctuaires, espaces autrefois structurants de la vie collective. Ces lieux sont encore là. Ils tiennent debout. Mais ils sont souvent fermés, vidés, contournés, devenus décor ou patrimoine plus que présence vivante.
Ce premier volet interroge cette mutation : comment un espace autrefois central devient-il périphérique ? Que dit notre rapport contemporain à ces architectures du silence, désormais regardées sans être habitées ? Ce temps constitue une entrée. Il est celui du seuil, du commencement (initium), là où l’abandon commence sans être encore formulé.

2. Les morts • Memoria

Le second temps déplace le regard vers les morts et les lieux qui leur sont dédiés : cimetières, tombes, mémoires effacées. Ici, l’abandon devient plus intime. Les morts ne structurent plus le quotidien. Les noms s’effacent, les tombes se vident, les gestes de mémoire se raréfient. Ce volet questionne notre rapport à la transmission, au souvenir, à ce qui reliait les générations. Il montre une rupture plus profonde : non plus seulement l’oubli des lieux, mais l’oubli de ceux qui nous ont précédés. Ce temps est celui de la mémoire fragile (memoria), menacée de disparition.

3. Les gestes • Ex-voto

Le troisième temps s’attache aux gestes : ex-voto, remerciements, offrandes, traces modestes d’une gratitude exprimée. C’est le niveau le plus discret, le plus fragile aussi. Ces gestes ne laissent parfois aucune trace visible. Ils supposent un engagement personnel, un acte gratuit, un merci adressé sans attente de retour.
Leur disparition signe une ultime rupture : non seulement nous n’habitons plus les lieux, nous n’honorons plus les morts, mais nous n’exprimons plus la gratitude. Ce dernier temps révèle ce qui se perd en silence : la capacité à remercier, à reconnaître, à poser un geste sans utilité immédiate.

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